quefaitlapolicelogo QUE FAIT LA POLICE ? – Bulletin d’information anti-autoritaire – Nouvelle série – numéro 41 –juin-juillet 2010


Editorial : Le policier et le Pékin

Dans notre société démocratique, il n’y a pas que des citoyens paisibles. Avec la crise économique, et le chômage qui fait des ravages, de nombreux jeunes choisissent de s’engager dans l’armée, faute de disposer d’un diplôme important ou d’une formation professionnelle leur permettant de trouver un bon travail. D’autres, qui n’ont peut-être jamais eu l’intention de succomber au salariat classique, choisissent l’institution policière, une fois l’indispensable baccalauréat en poche. Bien sûr, ceux-là ne sont guère mieux payés qu’un fonctionnaire ordinaire, mais ils ont la sécurité de l’emploi. Ce n’est pourtant pas le plus important : une fois revêtus de l’uniforme des défenseurs de l’ordre public, les hommes et les femmes qui se sont engagés dans cette voie ont le sentiment de disposer d’un pouvoir quasi discrétionnaire. Ce qui les rend tout à la fois fiers de leur condition, et en mesure d’en remontrer à quiconque serait censé se situer hors des lois d’une République dont ils sont prêts à abandonner peu à peu les principes démocratiques. Le type de rapports établis entre le policier et le pékin ordinaire est à sens unique. Le policier parle, et le bon citoyen se doit d’écouter sans broncher. Il faut opiner et se satisfaire des conseils prodigués par le fonctionnaire en uniforme. Trop souvent, les échanges n’ont rien d’amical, et les ordres sont bien plus aboyés que simplement transmis. Le policier, et sa collègue féminine, ont appris, dès l’école de police que le pékin doit le craindre. Ce qui constitue une assurance contre cette possible rébellion du civil, constamment agitée par la hiérarchie policière. C’est ainsi que le policier est conditionné pour être très sensible au comportement de quiconque paraît s’opposer à ses injonctions. Cette inquiétude permanente, qui lui est inculquée, le conduit à porter plainte plus souvent qu’il n’est nécessaire pour outrage envers sa précieuse personne, suite à une parole supposée déplacée. De même, il lui est possible de poursuivre en justice pour rébellion si sa brutalité verbale, ou physique, entraîne une réaction étonnée de la part de celui qui n’avait rien demandé. Quand ce n’est pas l’accusation majeure d’incitation à l’émeute. Surtout, ne pas parler de convivialité à un policier. Soit il ne connait pas le mot, soit il estime avoir été injurié, considérant qu’il a été visé par une formule trop lourde de sens à son gré. Persuadé de représenter la loi, et même dans la nécessité de faire appliquer des lois qui n’existent que dans son imagination fertile, le policier est droit dans ses bottes. Jamais il ne permettra à un civil, toujours considéré comme un possible délinquant de lui tenir la dragée haute. On ne doit pas pouvoir contredire un policier, faute de quoi les institutions du pays seraient en péril. Il en va ainsi d’une institution dont les fonctionnaires veulent nous persuader qu’ils sont les représentants de la plus belle démocratie du monde. Les jeunes fonctionnaires, qui sortent des écoles de police ont appris qu’ils sont différents du reste de la population qu’ils sont chargés de contrô1er. Ce qui les rend arrogants et incapables de supporter le dialogue. (A suivre)

Maurice Rajsfus

Forte pensée

« C’est un terrible avantage que de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser… » (Rivarol)

Un nouveau fichier pour les mineurs ?

Décidément, dans la voie tracée par Nicolas Sarkozy, au temps où il était ministre de l’Intérieur, l’intérêt est de plus en plus porté sur ces mineurs qui mettraient notre société en grand péril. Nous avions déjà le fichier « base élèves », expérimenté depuis 2004. Il s’agissait rien moins que de recenser tous les écoliers, de la maternelle au CM 2. Chaque enfant étant doté d’un « identifiant national ». Dans sa première version, ce fichier contenait des informations « sensibles », comme la nationalité de l’enfant, la date d’arrivée en France des parents, la culture d’origine et la langue parlée à la maison. Ce fichier, généralisé depuis la rentrée de septembre 2009, a malgré tout été allégé de quelques données, face à la résistance de parents d’élèves et d’enseignants qui, par ailleurs, n’ont jamais cessé de réclamer sa suppression. Comme si la leçon n’avait pas été retenue, l’Education nationale, qui paraît être tentée par les méthodes policières, a décidé de créer, dès ce mois de mai, un fichier dit des « décrocheurs », s’intéressant cette fois aux collégiens et aux lycéens. Cette nouvelle volonté de ficher les mineurs n’est en rien innocente. Pour le ministère de l’Education nationale, il s’agirait simplement d’un « suivi de l’orientation » (SDO). En fait, ce SDO n’est rien d’autre qu’une approche de l’application informatique nationalisée, déjà mise en place dans les établissements du second degré. Ce qui permettrait de répertorier aussi bien les élèves que les enseignants, de gérer les classes, les absences et les retards, etc. La mise en place de ce système a été approuvée le 24 mars 2010 par la Commission nationale informatique et liberté (CNIL). A l’heure où il est question de supprimer les allocations familiales aux parents des « décrocheurs », dans le même temps qu’est évoquée de façon insistante la présence d’un référent policier dans les collèges et lycées, il y a de quoi être inquiet. D’autant plus que cette volonté de ficher des enfants complète lourdement la chasse aux sans papiers. Faut-il reprendre l’avertissement lancé par Jacques Higelin dans une de ses chansons : « Alertez les bébés ! » (D’après Le Monde, 27 avril 2010)

Comptine

Cette charmante bluette, qui ne doit rien au passé romantique de notre douce France, est l’œuvre contemporaine de l’un de nos correspondant parisien :

 » A quand la police
Lisse, lisse
Les matraques
Molles, molles
Les lacrymos
Pas bobo ?
Mais la traque
Rend patraque
Traque, traque. »
(Continuez à participer à cette aimable joute. Cette petite anthologie y gagnera à s’enrichir)

Feu à volonté

Dans la soirée du 26 avril, à Pierrefite (93), un homme suspecté de vol à main armé a été blessé par balle par des policiers alors qu’il tentait de s’échapper au volant de sa voiture. Selon les premiers éléments de l’enquête, cet homme aurait « délibérément foncé » sur les policiers, après avoir « refusé d’obtempérer ». Il n’en reste pas moins que l’IGS a ouvert une enquête. (Source, Direct Matin, 28 avril 2010)

L’argent ne fait pas le bonheur des policiers mais il y contribue

Le 21 mars 2010, le secrétaire général du syndicat Synergie-officiers, Bruno Beschiza, était élu conseiller régional d’Ile de France, comme tête de liste UMP, en Seine Saint-Denis. Problème, ce désormais ex-policier, qui bénéficiait d’un salaire de 4 000 euros par mois, perdait la moitié de son salaire, après avoir été obligé de démissionner de la police. Le 27 avril, Nicolas Sarkozy trouvait la solution à cette difficulté économique de cet excellent serviteur de l’état : par décret, Bruno Beschizza était élevé au rang de sous-préfet hors cadre. La morale était sauve… (Source, Libération, 28 avril 2010)

Déontologie policière

Le 27 avril, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) rendait publiques ses conclusions sur une dérive policière datée du 28 septembre 2008, dans le I8ème arrondissement de Paris. En cause : »l’absence de suivi personnalisé de la garde à vue », mais également les « gestes de coercition excessifs », ainsi que le « menottage à mauvais escient ». Exemple : des policiers, qui patrouillaient dans le marché de la rue du Chateau-Rouge, avaient décidé d’interpeller des vendeurs à la sauvette d’épis de maïs. Les « délinquants » s’étant enfuis, les policiers interpellaient au hasard une jeune femme qui se trouvait là. Cette victime de circonstance sera frappée, et passera 24 heures en garde à vue. Comme cela ne suffisait pas, et que des témoins protestaient, des officiers de police donnaient l’ordre de les éloigner à l’aide de bombes lacrymogènes. (