quefaitlapolicelogo QUE FAIT LA POLICE ? – Bulletin d’information anti-autoritaire – Nouvelle série Numéro 4 – Novembre 2006

Editorial : Une police de coup d’Etat

Nicolas Sarkozy ressemble étrangement à Tatie Danielle : il ne vous connaît pas encore, mais il vous déteste déjà ! Comme disent les jeunes des banlieues : il a « la haine ».

Vous êtes-vous jamais attardé à observer le ministre de l’intérieur lorsqu’il est en campagne médiatique ? Accompagné constamment des indispensables caméras de télévision, et des centaines de policiers chargés de sa protection, il feint de vous fixer, droit dans les yeux, le regard mauvais. Le verbe est haut, délivré avec violence. Les mots sont choisis pour percuter et faire mal à ceux qui deviennent des cibles désignées. La convivialité est absente lorsque cet oracle prend la parole pour dénoncer la « racaille », et proposer la recette  »karcher ».

En fait, cet homme n’aime personne. Il se contente de cultiver sa propre image. Persuadé d’être l’homme providentiel que la France attend, ce fils d’immigré hongrois s’est figé dans une stature de croquemitaine, estimant qu’il doit faire peur pour imposer son image. Chef d’une police nombreuse, violente, à l’occasion xénophobe et même raciste, il n’est pourtant pas plus Fouché que Clemenceau. L’ennui, c’est que de nombreux Vidocq collent à ses basques, attendant un mot du maître pour passer à l’action, quelle que soit la qualité des moyens à mettre en œuvre.

Il est peut-être possible de dire que la police de l’actuel ministre de l’Intérieur est tout aussi dangereuse pour la démocratie que celui qu’elle s’applique à servir avec le plus grand zèle. D’autant plus que Nicolas Sarkozy a placé ses hommes à tous les postes sensibles. Dans le même temps, notre ministre de la police est tellement avide de ce pouvoir pour lequel il se prépare depuis bien des années qu’il n’hésitera guère sur la manière d’y accéder. S’il lui faut des alliés sûrs, il les trouvera sans peine au sein d’une institution que l’on ne veut pas encore qualifier de police de coup d’Etat. Bien évidemment, on évoquera la vocation républicaine de la police de ce pays. Argument risible : la police de la République a-t-elle jamais été républicaine ?

S’agit-il ici de propos outranciers, d’un outrage à la personne du ministre de l’Intérieur ou à la collectivité policière ?

L’histoire du siècle passé nous enseigne que la police de ce pays n’a pas hésité à se ranger dans le camp d’un pouvoir répressif lié au régime hitlérien. Comme cela a pu être le cas en Espagne, sous Franco, en Grèce du temps des colonels ou au Chili, avec Pinochet. Bien sûr, ce rappel rapide n’est qu’une hypothèse, mais qui n’a rien d’hasardeuse.

Maurice Rajsfus

Augmentation de la délinquance ?

Il paraît que la délinquance a été multipliée par quatre à Mende (Lozère) au cours du premier semestre 2006. Le vol d’une paire de chaussettes, de bonbons et de magazines serait la cause des bons résultats enregistrés au commissariat local. En 2005, un seul délit de ce type avait été enregistré, le vol d’un pot de yaourt. Bel exemple permettant d’expliquer à la France profonde l’insécurité ambiante qui ne cesse de menacer les bons citoyens.

(D’après 20 Minutes, 25 septembre 2005)

Chasse à l’homme, à la gare du Nord

C’est un spectacle quotidien, auquel l’usager parisien des transports en commun peut assister s’il prête quelque attention aux gesticulations de nos forces de l’ordre. C’est particulièrement le cas à la gare du Nord. Si l’on observe bien, il est possible de voir, au milieu de la foule, des petits groupes de policiers, l’œil aux aguets. Rien que de très normal, pour la sécurité des voyageurs, pourrait-on dire -surtout lorsque le plan vigipirate est toujours en vigueur. Le 2 octobre, vers 12 heures, au contraire semble-t-il de mes contemporains, je me suis intéressé aux aller et venues de ces policiers, vêtus de superbes chemises blanches. Ils sont cinq, arrivant du fond du grand hall, là où partent les trains de la ligne Eurostar, et se dirigent vers les lignes de banlieue. Soudain, le chef de cette petite escouade fait un signe impératif à ses subordonné, lesquels se divisent aussitôt en deux équipes, et commencent une manœuvre d’encerclement avant d’interpeller un « individu » nécessairement suspect puisqu’il a le teint très coloré. Sans trop m’approcher, j’aimerais en savoir davantage. L’homme a été collé contre un mur. Il est longuement palpé, on lui fait vider ses poches, on examine son bagage, puis vient enfin le contrôle d’identité. L’un des policiers s’éloigne pour téléphoner à un service de recherche -sans doute- puis revient, sans que l’on puisse savoir quelle information il a pu recueillir sur le pauvre bougre qui attend, inquiet sur le sort qui lui est réservé. Au bout d’une dizaine de minutes, comme rien ne peut être retenu contre cet homme, on lui fait signe brièvement qu’il peut « se tirer ». Sans un mot, sans le moindre salut, comme l’enseigne le Guide de la déontologie policière. J’ai déjà compris que, pour les policiers, nous sommes tous des suspects en puissance et plus encore si l’on a le teint un peu moins blanc que ne le supportent de nombreux policiers de la République.

Comme je suis arrivé en avance à la gare du Nord, j’assiste à trois reprises à ce genre de manège. Sans plus de résultat. On interpelle, on intimide puis on relâche celui que l’on s’est appliqué à terroriser. Dans le même temps, les policiers fixent d’un regard mauvais ceux des voyageurs qui feraient mine de s’intéresser à leur activité.

On se console en estimant que la police veille. En fait, il n’est pas possible d’ignorer que Nicolas Sarkozy a promis à ses troupes des primes de productivité. Il convient d’être vigilant car les personnes visées ne font pas particulièrement partie de cette « immigration choisie » voulue par le ministre de l’Intérieur.

(Courrier reçu à l’Observatoire des libertés publiques, le 6 octobre 2006)

Pauvre pandore

Le 26 septembre, le tribunal correctionnel de Lyon a condamné à dix-huit mois de prison ferme un gendarme opérant dans le département du Rhône. Le 6 septembre, l’honnête pandore avait volé le sac d’une dame sur une passerelle enjambant la Saône, faisant chuter sa victime. Au cours du procès, le gendarme a expliqué son geste par d’importantes dettes de jeu, confessant également un penchant pour l’alcool.

(Source, Métro, 27 septembre 2006)

« Maladresse et négligence » : un mort !

Le 16 janvier 2003, au cours d’une expulsion musclée depuis l’aéroport de Roissy, des policiers de la PAF se sont distingués -une fois de plus-. C’est un jeune africain, d’origine éthiopienne, âgé de 24 ans, qui se débat dans l’avion qui doit le conduire en Afrique du sud.Il hurle qu’il « préfère mourir » plutôt que d’être renvoyé en Afrique. Les trois policiers qui lui servent d’escorte procèdent alors à la technique dite du « pliage » -qui est d’ailleurs interdite par la loi-. Le jeune homme y laissera la vie.

Le 28 septembre 2006, les trois policiers comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Bobigny (93). La défense des brutes est très sobre. L’un d’eux explique tranquillement : « Je l’empêchais de tourner la tête pour que le collègue ne se fasse pas mordre…Il paraissait en bonne santé, il avait une force incroyable« . Un autre policier se défend : « A aucun moment nous ne l’avons complètement plié en deux. C’était une lutte perpétuelle pour le maintenir. »

Nul ne se risque à évoquer que cette technique du « pliage », consistant à faire pression sur le haut des cuisses de la personne assise, et de plier la hanche en appuyant sur son corps n’est pas innocente. Surtout lorsque les policiers accompagnent le « pliage » de gestes brutaux, comme en témoigne le steward qui a vu un policier assis sur la victime, et un autre assis sur ses épaules, tout en lui couvrant la bouche pour qu’elle cesse de crier. De son côté, une hôtesse a vu un coup de genou. Sans oublier que l’homme qui doit être expulsé est attaché à son siège, et peut-être encore menotté.

Lorsque le jeune homme paraît soudain inanimé, les secours sont appelés, mais interviennent trop tardivement. L’autopsie conclura, sans le dire, à un véritable assassinat : le maintien de la tête ayant provoqué une compression mortelle de la carotide. Déjà au cours de l’après-midi précédant l’expulsion, le jeune homme avait fait un malaise (suite à quel mauvais traitement ?) mais le bon médecin de l’aéroport avait parlé sans nuance de « simulation ».

Pour la procureure du tribunal de Bobigny, les policiers de la PAF n’ont pas transgressé le règlement mais ont été « négligeants et maladroits ». Prison avec sursis pour deux des policiers a demandé cette magistrate humaniste. Le troisième policier trouve pour toute défense cette explication : « A aucun moment je ne pensais que le pliage pouvait tuer quelqu’un… » Jugement de délibéré le 23 novembre 2006.

(D’après Libération 27 septembre 2006)

Convivialité

« Un jour de semaine, à 10 heures du matin, à la Défense, une trentaine de deux roues sont garés sur un trottoir, au bas d’une tour. Surgissent huit policiers qui, pendant une dizaine de minutes, verbalisent méthodiquement scooters, motos et autres Vespa. Pourquoi prendre des risques à traquer les délinquants ? C’est tellement plus confortable d’aller verbaliser les braves gens qui travaillent et qui, en général, payent rubis sur l’ongle. Bravo, messieurs, pour votre courage et votre efficacité. »

(Courrier de lecteur, Métro, 1er octobre 2006)

Rafles d’enfants

Le 2 octobre, à Pantin (93) des policiers sont intervenus dans une école maternelle pour y interpeller deux Jeunes enfants. Quelques jours plus tôt, des policiers avaient interpellé deux enfants dans une école maternelle d’Aubervilliers (93).Dans ces deux villes, de nombreux parents d’élèves ont manifesté contre la traque aux sans papiers dans les écoles. »

(Source, 20 Minutes, 4 octobre 2006)

Passe-temps

Du 7 au 11 octobre, les Journées de la police se sont déroulées dans toutes les grandes villes françaises. A Paris, le 3 octobre, en guise de travaux pratiques, une équipe de policiers s’est lancée à l’assaut d’un bateau-mouche, depuis un hélicoptère.

(Source, Métro, 4 octobre 2006)

Inflation policière

Le 30 septembre, 74 ressortissants roumains étaient expulsés par vol charter. Pour être bien certain qu’il n’y aurait pas de révolte à bord, 86 policiers de la PAF faisaient partie de l’escorte. Du printemps 2006, à la fin du mois de septembre, ce sont 500 Roumains qui ont été ainsi expulsés. Qui dira le montant de la facture ?

(Source, Le Monde, 3 octobre 2006)

Un mort : procès reporté

Un adjudant de gendarmerie, en poste à Colmar, devait être jugé le 7 septembre, pour homicide involontaire, le procès a été reporté. L’avocat de ce délinquant en uniforme était souffrant. En mars 2004, lors d’un contrôle sur l’autoroute, à la sortie de Colmar, le pandore avait grièvement blessé un homme de nationalité marocaine, qui circulait à bord d’une voiture sans plaque minéralogique. Suite à un coup de feu « accidentel », tiré « du bas vers le haut », l’homme, inconnu des services de police, était décédé deux jours plus tard. Initialement prévu en avril 2006, ce procès va prendre encore du retard.

(Source, L’est Républicain, 13 septembre 2006)

Encore le sursis !

En juin 2006, la compagnie de gendarmerie de Montbelliard était en émoi, suite à un transfert de scellées concernant une affaire de drogue. Après vérification, il manque 4 300 euros sur les 50 000 euros saisis. Très rapidement, une jeune gendarmette passe aux aveux et reconnaît le larcin. Le 26 juin, elle est jugée en comparution immédiate, expliquant son geste par des soucis financiers. Contre cette « brebis galeuse au sein de la gendarmerie », le président du tribunal correctionnel requiert six mois de prison ferme. Le 8 septembre, le tribunal se montrera plus compréhensif en ne condamnant la gendarmette qu’à six mois de prison avec sursis, sans mise à l’épreuve.

(Source, l’Est Républicain, 10 septembre 2006)

Avec lenteur…

La justice peut être lente. Particulièrement lorsque des policiers sont mis en cause. Le 8 mars 2000, à Thionville, vers 4 heures du matin, deux policiers se présentent au pied d’un immeuble, alertés par des riverains. Prétendant se trouver face à un individu dangereux, un policier ouvre le feu, et blesse à la gorge un jeune homme de 24 ans. La reconstitution, qui a eu lieu six ans et demi plus tard, le 22 septembre 2006, aurait permis de mettre à jour plusieurs incohérences dans les dépositions du policier.

(Source, L’Est Républicain, 23 septembre 2006)


Le dossier du mois

LES TARTERETS : UNE PROVOCATION QUI AURAIT MAL TOURNE ?

Le 21 septembre 2006, la France bien pensante apprenait avec indignation que deux CRS étaient tombés dans un guet-apens; le 19 août, à la cité des Tarterêts, à Corbeil (91) et s’étaient fait rossés d’importance. « Je mettrai tout en oeuvre pour retrouver les coupables » menaçait alors Nicolas Sarkozy, qui ne manquait pas d’ajouter : « Nous irons les chercher un par un. Pas un seul d’entre eux ne restera impuni ! » Les détails de cette « agression » étaient nombreux : le capitaine de CRS avait été brutalisé par une vingtaine de jeunes, qui les attendaient. Raison de cette altercation : les deux policiers tentaient de contrôler un groupe de deux ou trois jeunes qu’ils soupçonnaient de leur avoir lancé des pierres.

Les communiqués vengeurs du ministre de l’Intérieur et du préfet de police ont pour finalité d’accréditer la thèse du guet-apens : « l’incident » est mis à profit par les syndicats de policiers qui veulent peut-être redonner un meilleur profil à leur institution après l’affaire des CRS rançonneurs de taxis de la CRS 7, et des CRS violeurs de la même compagnie qui vient de débuter. C’est ainsi que Joaquim Massanet, secrétaire général du syndicat UNSA-Police, vitupère : « …Il faut impérativement écarter les individus les plus dangereux des quartiers. Pourquoi ne pas relancer l’idée des centres fermés d’éducation ? » Le porte parole du syndicat national des officiers de police (SNOP), David Barbas, en rajoute une louche sur la lâcheté des agresseurs. « Quand il a voulu aller au contact, une vingtaine de gars ont jailli des bosquets, parfois armés de barres de fer…et l’officier s’en est pris plein la tête« . Subitement, on s’indigne de certaines pratiques dont les fonctionnaires de police sont pourtant coûtumiers. « Ils ont été roués de coups, au visage et sur toutes les parties du corps, alors qu’il se trouvaient au sol« , précise-t-on à la préfecture de police. Au syndicat Synergie officier, on parle de « lynchage ».

Que s’est-il passé exactement ? Quel a bien pu être l’événement déclencheur de cette castagne à sens unique ? Toujours est-il qu’à moins de sept mois des élections présidentielles, la campagne sécuritaire est déjà lancée. Les chaînes de TV, complaisantes, nous montrent longuement le visage tuméfié du capitaine de CRS, tout comme, en avril 2002, les caméras s’étaient attardées sur le papy Voise d’Orléans, victime d’une sauvage agression et de l’incendie de sa maison.

Déjà, on révèle à l’opinion publique haletante que des empreintes génétiques et digitales ont été découvertes sur le véhicule des CRS, comme sur les restes de pizza que les « individus » mangeaient « en attendant les CRS ». Pourtant, ce 21 septembre, la version du guet-apens est déjà contestée, et un habitant des Tarterêts commente : « Vingt jeunes cachée dans des buissons qui attendent une bagnole de flics, qui en plus ne viennent jamais ici, Je trouve ça louche. » Un autre est plus direct : « Pour Sarkozy, c’est du pain bénit,ça sent le coup monté…  »

Une certitude, déjà. Cette affaire n’est pas aussi claire que les policiers veulent le faire croire. Le 22 septembre, un animateur de quartier pose cette question : « Que faisaient deux flics seuls à dix heures du soir dans ce quartier réputé sensible ? C’est un suicide. Ils n’avaient rien à faire ici« . Le même dénonce la présence permanente de la police, depuis deux ans. « Des flics qui mettent un doigt et vous traitent de sale Arabe. Il n’y a plus de dialogue. Il n’y a plus rien. » Des jeunes de la cité rappellent qu’au printemps dernier une opération musclée s’était déroulée aux Tarterêts. » Des mamans ont été massacrées par les flics » car elles s’étaient interposées; « ça été direct la matraque ! »

Le 25 septembre, à l’aube, après qu’un certain nombre de journalistes de la presse écrite et audiovisuelle ont été convoqués sur le terrain, une vaste opération se déroule à la cité des Tarterêts, dès 6 heures du matin. 220 policiers, dont 80 CRS procèdent à des interpellations dans plusieurs tours. Douze personnes sont placées en garde à vue, à la grande satisfaction du secrétaire général du syndicat de policiers en tenue Alliance, Jean-Claude Delage, qui plastronne : « Il est important de montrer que l’Etat de droit subsiste dans ces quartiers…  »

Comme il est indispensable d’alimenter les délires sécuritaires d’une opinion publique que l’on veut chauffer à blanc, une information essentielle tombe, le 26 septembre : « Deux des suspects auraient été indentifiés par les empreintes., parmi les douze placés en garde à vue. Comme il convient de rester prudent, il y a, malgré tout, cette incertitude. Au total, les traces d’ADN prélevées sur les lieux ont permis d’identifier dix-huit personnes qui n’ont pas forcément participé aux faits« .

Toujours est-il que le procureur de la République d’Evry annonce qu’il retient la qualification de « tentative d’homicide volontaire », du fait de « l’acharnement et de l’agression en nombre ». Le magistrat précise, pour être bien compris, que les personnes interpellées – dont trois mineurs – présentent toutes un profil de délinquants récidivistes et qu’elles étaient toutes connues des services de police. Ce qui impressionne toujours. Aucun détail n’a été négligé, et les spécialistes scientifiques ont effectué quatre vingt-dix prélèvements sur des mégots, des restes de pizzas et des morceaux de verre, afin de rechercher l’ADN des agresseurs.

Peu à peu, des jeunes de la cité fournissent une version très éloignée de la thèse du guet-apens : suite à une course-poursuite des deux CRS contre un jeune qui leur aurait lancé une pierre, il y aurait eu une altercation verbale. Le ton serait monté, provoquant l’intervention d’un groupe plus important, qui faisait du sport à proximité.

Chaque jour apporte son lot de démentis aux affirmations de la police et du ministère de l’Intérieur. Le 27 septembre, au travers d’un rapport du commandant de la police de sûreté de l’Essonne, il est possible d’apprendre que si 89 traces d’ADN ont pu être analysées, et 20 ADN identifiées, dont ceux des deux policiers, « ..les identifications par ADN n’ont pas permis de confondre les suspects »

Initialement, les policiers fondaient leurs arguments sur le fait que les supposés agresseurs partageaient une pizza lorsqu’ils ont vu la patrouille, et ont alors décidé de passer à l’ action. Cette affirmation s’effondre d’autant plus que le garçon de 19 ans dont les empreintes avaient été relevées sur une boite de pizza se trouvait dans une autre commune au moment des faits. Même constat pour la trace ADN trouvée sur une canette de bière.

Par ailleurs, comme le prévoit la loi Perben, des personnes ont pu témoigner sous X, et fournir des témoignages approximatifs, ou indirects. L’avocat de l’un des gardés à vue souligne : « … qu’un témoignage sous X ne peut constituer un indice grave ou concordant… Sinon, la moitié des Français peut aller en prison demain. » Ce même avocat, M° Eric Plouvier, s’étonne : « Après le psychodrame d’Outreau, un grand débat avait eu lieu sur la prudence dont il fallait faire preuve avant de mettre quelqu’un en examen et en prison. Ces deux dernières semaines, sous la pression effrénée du ministre de l’Intérieur, tous ces principes ont été balayés du revers de la main. »

D’un jour à l’autre, au fur et à mesure que les affirmations policières se dégonflent, les titres se réduisent dans la presse. Particulièrement lorsque parait cette information majeure, le 3 octobre : la thèse du guet-apens aux Tarterêts est écartée ! Selon les uns, cette affirmation n’est plus privilégiée. Selon d’autres, il convient d’être prudent. Pour le procureur de la République d’Evry, qui a mangé son chapeau, « Au fil des auditions des personnes mises en examen, les descriptions des faits font plutôt pencher pour une agression plus ou moins spontanée. » Qu’en est-il alors de la thèse de la préméditation et de cette accusation « d’homicide volontaire » ?

Peut-être apprendrons-nous, le moment venu, qu’il s’agissait surtout d’une sinistre provocation policière qui a mal tournée.

(Sources, Libération et Le Monde, du 21 septembre au 4 octobre 2006).

Les Mureaux : répression spectacle

Dans la soirée du 1er octobre, des policiers du commissariat des Mureaux (78) tentent d’intercepter le conducteur d’une voiture qui circule sans être muni de la ceinture de sécurité. Celui-ci, jeune toxico, un peu simplet, qui a sans doute pris peur, ne s’arrête pas. Pris en chasse, il percute un second véhicule de police, également lancé à sa poursuite. Le garçon, qui ne parait pas dans un état normal, est mis à mal par les policiers. Ce qui déclenche la colère des jeunes du quartier des Musi ciens. Les policiers affirment que, rapidement quelque 250 jeunes du quartier prennent alors à partis leurs collègues du second véhicule, le pillent avant d’y mettre le feu, tout en s’emparant d’un flash-ball avec ses cartouches, d’une paire de menottes et de grenades anti-encerclement.

« C’est de la violence gratuite envers la police« , estime le délégué départemental du syndicat Alliance, qui ajoute : « Nous n’avons plus des jeunes délinquants en face de nous mais des bandes organisées…Nous sommes en sous-effectifs chronique. Il faut une décision politique forte« . Ce que ne dit pas ce policier intègre, c’est que les fonctionnaires qui avaient reçu des pierres après l’interpellation avaient largement fait usage de gaz lacrymogène, pour se dégager, arrosant au hasard tous les habitants présents sur les lieux.

Côté témoins, on évalue à une cinquantaine de personnes seulement, ceux qui protestent contre la violence policière. Le parquet de Versailles estime que « seulement 130 policiers étaient arrivés en renfort ». Dans la soirée de ce 1er octobre, des témoins confient à un journaliste de l’AFP qu’ils ont été révoltés par la brutalité de l’interpellation d’un suspect. « La personne était K0, en train de cracher ses dents. Ils l’ont traînée par terre. Les jeunes sont venus dire aux policiers de faire ça proprement. » Un autre témoin note qu’alors que ces jeunes demandent que l’on appelle une ambulance, « les policiers ont sorti l’extincteur et ont gazé tout le monde. C’est de là que tout est parti. »
fin du premier acte.

Le 4 octobre, à 6 heures du matin, c’est la répétition de l’opération qui s’est déroulée aux Tarterêts, le 25 septembre. Devant la presse, apparemment convoquée (sauf Libération, le Monde, L’Humanité et l’AFP), une centaine de policiers (CRS et BAC) se ruent à l’assaut de plusieurs appartements, dont ils défoncent les portes à coups de bélier, tout en aboyant comme des forcenés. Dans plusieurs – et non pas un seul – ils se trompent de porte, terrorisent des familles, jettent à terre une femme âgée et se retirent sans même s’excuser. (Qui va payer la casse ?)

Le maire des Mureaux, qui n’a pas été prévenu de cette descente de police, dénonce une opération de « télé-réalité » et s’indigne d’avoir entendu cette information sur une station de radio, vers 7 H 45. Le préfet des Yvelines ne l’appelant que dans l’après-midi. « Avec cette télé-réalité, on fragilise les populations, on provoque une haine des autorités locales. On provoque une haine du policier« , dit le maire.

« Les policiers se sont conduits comme des cow-boys,  » racontent les jeunes du quartier, alors que le préfet assure que tout s’est déroulé dans les règles de la procédure. Qu’en est-il exactement ? A l’unisson, le secrétaire général du syndicat Alliance de la région affirme qu’il n’y a pas eu la moindre
violence durant le véritable assaut lancé contre le quartier des Musiciens. « Je suis stupéfait d’entendre parler d’opération musclée. J’étais présent, et tout s’est déroulé dans les règles de l’art, avec un professionnalisme à toute épreuve. Nous n’avons fait aucun usage de la force« … Gros mensonge, largement démenti par les images diffusées sur Canal+ et FR 3, ainsi que par les témoignages nombreux, comme celui de ce jeune qui montre son visage tuméfié : « Ils m’ont défoncé la gueule ». Une mère de famille raconte que son fils de deux ans « s’est fait braquer un pistolet sur la tempe ». Un enfant trisomique, âgé de six ans est mis en joue, tout comme une fillette de 11 ans, qui ajoute, « Moi aussi, ils m’ont braquée dans ma chambre. » Une mère de famille qui a reçu la porte d’entrée de son appartement en plein visage, renchérit : « On a eu droit à des insultes. lls ont dit bâtards !  »

Au terme d’une longue séance destinée à terroriser la population, les policiers se retirent en embarquant un garçon apparemment étranger à l’affaire. Ce que confirme un jeune du quartier : « Le mec arrêté n’a rien à voir. Tout le monde le sait. » Toujours est-il que plusieurs commentateurs évoquent le  »fiasco policier.  » Le mot est faible. Il y a surtout eu provocation.

Aux Tarterêts, comme aux Mureaux, pourquoi ces opérations de « police spectacle ». Un an après le soulèvement des banlieues, et à six mois des élections présidentielles, il semble que la volonté est forte de réveiller les vieux démons sécuritaires…

(Sources, Libération, Le Monde, L’Humanité, 20 Minutes et les images de Canal +, du 3 au 7 octobre 2006)

Voltigeurs meurtriers

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, Charles Pasqua étant ministre de l’Intérieur, des « voltigeurs » du peloton motocycliste de la police nationale matraquaient à mort un étudiant marocain, Malek Oussékine. Ce véritable assassinat, au terme d’une manifestation étudiante, s’étai déroulé à Pairs, rue Monsieur-le-Prince, au Quartier Latin. Pour le 20ème anniversaire de ce crime, un certain nombre de manifestations auront lieu à Paris. Nous vous en informerons avec plus de détails dans le prochain numéro de Que fait la police ? en ligne à partir du 30 novembre 2006.

Sous police

Si la droite s’est appliquée à supprimer la plupart des emplois jeunes, dès son retour, au pouvoir, en mai 2002, elle n’en a pas moins conservé ces adjoints de sécurité (ADS) créés par Jean-Pierre Chevènement en 1997. Mieux, elle perpétue cette initiative en procédant régulièrement à des appels à candidature pour des fonctions de sous policiers payés au SMIC, méprisés par leurs collègues, mais néanmoins munis d’une arme de service. Pour ces jeunes, que la préfecture de police recrute actuellement, il est précisé qu’aucun diplôme n’est exigé. Il faut tout simplement être demandeur d’emploi, et âgé de 18 à 26 ans. Les candidats doivent avoir une bonne condition physique, une bonne acuité visuelle, et mesurer au minimum 1,60 m. Sans commentaire

(Source, pages publicitaires de la presse parisienne, octobre 2006.)

Poursuite mortelle

Le 8 octobre, sur une route de Vendée, deux gendarmes, qui poursuivent un automobiliste qui refusait de se soumettre à un contrôle d’alcoolémie, se tuent en percutant un arbre. Habituellement, ce sont les « délinquants », pourchassés par les forces de l’ordre, qui meurent dans de telles circonstances. Pourquoi faut-il qu’on ne se lamente pas vraiment lorsque des jeunes sont victimes de ces courses poursuites ?

(D’après Libération, 9 octobre 2006)

Chirac au zoo ?

Cela se passe à Mulhouse, le 20 mai 2006. Au cours de la visite de Jacques Chirac dans cette ville, deux jeunes se permettent de déambuler avec, dans le dos, un drap blanc où figurent des inscriptions peu aimables comme : « Chirac, nique ta face » ou « Chirac au zoo, libérez les animaux ! » Bien entendu le président de la République n’a pas pu lire ces méchancetés. Il n’empêche, un honnête citoyen, qui ne supporte pas l’outrage fait au premier magistrat de l’Etat, alerte des policiers en patrouille. Lesquels interpellent rapidement les deux insolents. Le parquet, qui n’est pas en reste, ordonne de les traduire en correctionnelle. Dans les premiers jours d’octobre, nous apprenons que l’un et l’autre risquent une peine de un an de prison et 15.000 euros d’amende. Finalement, le 10 octobre, la présidente du tribunal ne peut que « constater la nullité » de la procédure, car le parquet, qui avait décidé des poursuites, avait omis de préciser la nature de la charge.

(Sources, Libération, 10 octobre 2006 et Le Monde, 12 octobre 2006)

Chasse aux sans papiers

Le 10 octobre, à Paris, dans le quartier de Belleville, manifestation multicolore. A l’appel des comités de soutien aux sans papiers un rassemblement se trouve face à un vaste déploiement de policiers, décidés à en découdre, avec la volonté de pratiquer une véritable rafle dans ce quartier cosmopolite. Face à une petite foule peu décidée à les laisser faire, les policiers finissaient par se retirer.

(D’après Le Monde, 12 octobre 2006)

Sarkozy bien entouré

Le 7 octobre, à Quimper, des militants du mouvement de la paix étaient présents lors de la visite dans la ville de Nicolas Sarkozy. Leur véhicule, garé sur un parking, portait des inscriptions rappelant que l’armement atomique se développait., tandis que l’on fermait des hôpitaux et des écoles, en Bretagne. C’en était trop pour les nombreux CRS, présents pour assurer la sécurité du ministre de l’Intérieur, qui allaient se livrer à des agressions violentes contre des militants pacifistes.

(Source, Rouge, 12 octobre 2006)

Liberté chérie…

Le 7 octobre, à Bordeaux, à la veille des élections municipales destinées à faire revenir Alain Juppé au premier plan, des policiers interpellent le porte parole du mouvement « Sortir du nucléaire ». Il est vrai que ce militant avait eu le front de vendre son livre, Juppé saute sur Bordeaux, devant une librairie du centre ville, qui refusait de le proposer à sa clientèle. Conduit au commissariat de police, l’impudent s’est vu dresser procès-verbal pour « vente à la sauvette. »

(Source, Rouge, 12 octobre 20006)

A la fourrière !

Pas contents les bleus parisiens. Le syndicat des officiers de police, Synergie, dénonçait, le 11 octobre, « l’enlèvement systématique » de véhicules de la police judiciaire – voitures pourtant porteuse de la plaque « police ». Pour Synergie-officiers, leurs véhicules seraient « sciemment » conduits à la fourrière par des agents chargés de la surveillance de Paris, alors que les policiers sont à proximité, occupés à une enquête de voisinage, à des constatations, ou en perquisition. D’où dénonciation de cet « acharnement ».

(Source, 20 Minutes, 12 octobre 2006)

A la porte !

Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des policiers expulsent deux familles vivant dans un squat du 2ème arrondissement de Paris. Pour le porte parole de l’association Droit au logement, cette expulsion aurait des relents de revanche après le règlement de l’affaire des squatteurs de Cachan.

(Source, France Inter, 12 octobre 2006)

Veut pas le savoir !

Le 10 octobre, quelques 300 Roms sont expulsés de leur campement situé à Saint-Denis (93) par la police. Bien entendu, nos forces de l’ordre veulent ignorer le communiqué de l’organisation Médecins du Monde, qui déplore cette opération, qui « anéantit » le travail de soins qu’elle conduisait, et notamment la campagne de vaccination des enfants qui était en cours dans cette zone.

(Source, 20 Minutes, 12 octobre 2006)

Après boire…

Le 16 décembre 2005, à Marseille, un ressortissant étranger, vraisemblablement maghrébin, interpellé par les policiers de la BAC, est trouvé porteur de marchandises douteuses. La suite est tristement édifiante. Cet homme accuse les policiers de l’avoir frappé et humilié, au cours de la garde à vue : passage à tabac et insultes racistes. Lors de son dépôt de plainte, il révèle qu’on « lui a mis un revolver dans la bouche devant un drapeau français accroché au mur. » Côté policier, on ne souhaite pas commenter ce « pétage de plomb », tandis que de source judiciaire, la réaction est plus sévère : « Rien ne peut expliquer de tels actes car la dignité d’un homme a été bafouée, et surtout pas un apéritif ou un repas trop arrosé pris quelques temps avant les faits. » Il semblerait qu’une mesure de révocation pourrait être prise par le ministre de l’Intérieur contre les auteurs présumés de ces actes de violence.

(Source, La Provence, 2 octobre 2006)

Pochtron galonné

Le 16 juillet, un commissaire de police, qui conduisait sa voiture à grande vitesse, en état d’ivresse (2,28 gr d’alcool par litre de sang), sur une route de Seine-et-Marne avait percuté un couple et leur bébé d’un an. Le 28 septembre, ce fonctionnaire, attaché à la direction centrale de la Sécurité publique, a été condamné à un mois de prison avec sursis, neuf mois de suspension de son permis de conduire et 600 euros d’amende. Par cher payé pour ce policier, sans doute impitoyable dans le service.

(Source, L’Humanité, 29 septembre 2006)

Les brutes en action

Le 29 septembre, à Bastia, un automobiliste portait plainte contre des CRS qu’il accusait de l’avoir malmené, lors d’un contrôle routier. L’homme aurait été interpellé dans le centre de Bastia, au prétexte qu’il téléphonait au volant – ce qu’il réfutait. Parmi les témoins de cette scène, des insultes fusent que les CRS mettent au compte de l’automobiliste ; un homme de 56 ans, porteur d’une prothèse à une hanche. Suite aux brutalités des CRS, la prothèse s’est déboîtée et l’automobiliste doit être conduit à l’hôpital où on lui prescrit dix jours d’arrêt de travail. Au cours de cette véritable agression, le fils de la victime avait été plaqué au sol et menotté. Une enquête administrative serait en cours.

(Source, La Marseillaise, 6 octobre 2006)

Tous fichés ?

C’est bon à savoir. Notre ministre de l’Intérieur n’en finit pas de multiplier les fichiers. Au Journal Officiel du 23 août 2006 a été annoncée la création d’un énième fichier. Il s’agit d’une base de données à caractère très personnel dénommée ELOI, permettant, par simple consultation des autorités, de limiter les visites (pourtant autorisées par la loi) aux sans papiers placés en rétention administrative. Par ce fichage sont visées les familles et les amis de sans papiers arrêtés, ainsi que les membres actifs d’associations présentes sur le terrain. Il est déjà acquis que la CIMADE contestera ce nouveau mode de fichage devant le Conseil d’Etat.

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