quefaitlapolicelogo Un sitting face à une arrestation-bavure dans le métro parisien

Ce vendredi 16 mars 2007 au soir dans le métro a eu lieu une intervention de la police particulièrement choquante. Le métro de la ligne 4 en direction de la Porte de Clignancourt venait de quitter la station Etienne Marcel lorsque l’attention des passagers de la rame, dont la plupart étaient debout en cette heure d’affluence, fut attirée par la voix forte d’un homme noir disant : « Vous avez des enfants, vous avez une famille, vous aussi. Ne faites pas ça. » L’homme en question était habillé d’un pardessus noir et d’un costume, portait des lunettes et un chapeau assez chic. Il était accompagné de sa femme et de ses deux filles, dont l’une était dans une poussette que sa mère tenait. A 20h42, cette famille noire était donc entourée de quatre policiers habillés de bleu marine et munis de matraques. Ces agents lui ont demandé plusieurs fois de sortir, ce à quoi il a répété la phrase précédemment citée tout en restant poli et plutôt calme vu que la situation devenait de plus en plus tendue. Les quatre agents le serraient de plus en plus.

Un agent lui a saisi le bras et de là où je me trouvais, je n’ai pu les voir que de dos. De nombreux coups de coudes accompagnés par des cris d’intimidation ont été donnés par les quatre agents qui finirent ainsi par sortir l’homme de force de la rame sans se soucier des coups de coudes perdus portés malencontreusement à sa femme et à la petite fille dans la poussette. La femme effrayée et en pleurs s’est accrochée à son mari tout en tirant la poussette de son autre main. L’homme a perdu ses lunettes que j’ai pris la peine de ramasser bien qu’elles furent piétinées par les agents aux gestes très violents. Il s’agit de la troisième arrestation violente et mal gérée sur des personnes de couleur à laquelle j’assiste en quelques mois. Pourtant celle-ci a eu une très nette différence. Là où la foule a toujours accepté de circuler et de se laisser intimider par les agents, ce soir, des citoyens de toutes origines ethniques se sont groupés autour de cette exhibition d’autorité policière. Arrêter une famille en public, brutaliser volontairement ou non des enfants devant témoins, ça ne peut pas passer.

Nombreux sont ceux qui ont tenté d’entamer un dialogue avec les quatre agents au sujet de la petite fille dans la poussette, effrayée par les cris et les coups de bras donnés par les agents. La réponse d’un des agents fut de nous menacer avec sa matraque en hurlant de nous reculer puis en sortant une bombe lacrymogène. Des rappels à la raison ont été lancés aux agents des forces de l’ordre (sic ?) : « il y a un enfant, n’utilisez pas une bombe lacrymogène » ou encore « ne faites pas ça devant sa famille ! Vous n’avez aucune décence ? » D’autres faisaient un appel à la raison « Vous avez une conscience ! Revenez à la raison, arrêtez de les brutaliser ! » et quelques-uns se scandalisaient « vos méthodes sont lamentables, c’est une honte ce que vous faites ! » La panique gagnant les agents, ils ont fait appel à du renfort.

Cinq agents supplémentaires sont arrivés dix minutes plus tard, la foule non violente grossissant à chaque instant. Des cris de colère contre le racisme et des insultes à l’égard des policiers furent alors criés par des gens à l’arrière de la foule, mais elles ne furent pas suivies par le sitting qui faisait front à la police. « Sarko perd des électeurs ce soir » a lancé une jeune femme blonde. « Les nouveaux nazis ne passeront pas » a crié un homme en costume.

Parmi les cinq nouveaux agents, un maître-chien qui a menacé de lâcher son animal sur ceux qui ne reculeraient pas. Au bout de quelques minutes, ces agents en colère ont poussé la foule avec violence et sorti les matraques en geste de menace.

Mais la foule n’a pas cédé. Sans lutter, sans haine, cette marée humaine est restée unie, assistant aux derniers instants de l’arrestation et à la crise de nerfs d’une jeune femme blanche qui, après s’être penchée sur la poussette pour protéger l’enfant fut poussée et à reçu des coups avant de s’être elle-même retrouvée entourée par des policiers. Son portable fut cassé par un des agents. Etait-ce un geste involontaire ? Durant toute l’intervention, de nombreuses personnes ont filmé, photographié les méthodes scandaleuses de cette arrestation catastrophique.

L’identité de l’homme arrêté demeurant un mystère pour les gens présents tout comme la plupart des agents de la police –qui à la fin de la triste scène étaient une quinzaine- il est impossible de savoir la raison de cette arrestation, si cet homme est innocent, suspect ou gravement coupable. Toutefois, les méthodes violentes appliquées ce soir par les quatre agents, le manque de professionnalisme, la pathétique gestion de la situation, les menaces verbales et physiques pratiquées par les agents sur la foule scandalisée par leur brutalité sur une famille, tout cela est inadmissible.

De plus, des agents encore menaçants et parfois railleurs rôdaient encore autour des derniers témoins qui tentaient de rassembler les faits. « Bien sûr, on est policiers donc on est forcément racistes, vous ne connaissez pas notre métier. » A cette phrase j’ai répondu par ces questions : « mais savez-vous vraiment ce qui vient de ce passer ? Connaissez-vous réellement la faute de cet homme ? Ou bien, ne faites-vous qu’obéir à des ordres sans réfléchir ? » A cela un agent qui marchait à reculons m’a lancé courageusement la boutade : « Ne faites plus le 17, on ne viendra pas. » pour recevoir la réponse : « de toutes façon, vous ne venez jamais, vous êtes occupés à obéir à des ordres que vous ne comprenez pas ! »

Enfin, un lieutenant qui n’avait pas assisté à l’arrestation a tenté de prendre les identités des témoins nous a résumé ce qui venait de passer… alors qu’il était arrivé après l’incident ! La technique, comparable à un lavage de cerveau, consistait à à nier nos témoignages pour réciter son scénario : « Cet homme noir s’était fait contrôler, n’avait pas son titre de transport et avait refusé de sortir de la rame. S’il n’avait pas refusé d’obtempérer devant les forces de l’ordre, cela se serait passé plus simplement… » Ce qui est absolument faux puisqu’il ne s’agissait pas de contrôleurs mais bien de quatre policiers. Et, qui plus est, personne d’autre que ce père de famille n’a été contrôlé par ces agents. La jeune femme qui a défendu l’enfant lui a dit : « Ce n’était pas un simple contrôle ! Moi je suis blanche, je n’ai jamais été contrôlée et j’assiste tous les soirs à ce genre d’arrestations sur des personnes noires. » La réponse de l’agent fut d’une honnêteté inespérée : « On ne vous contrôle pas parce que vous avez l’air d’être en règle. » Délit de faciès ?

A mon tour de poser les questions : quelle réaction la police attendait-elle de la foule alors qu’elle arrêtait un père de famille à une heure de pointe dans le métro ? La police pense-t-elle que ses menaces, ses coups, sa violence sur une famille et des enfants en bas âge, son autorité déplacée et son discours de manipulation suffira à changer la foule en passants qui circulent sans broncher ? Pouvons-nous encore avoir confiance en la police ? Combien d’arrestations de personnes noires encore avant que la foule ne change son sitting pacifique en manifestation de défense violente ?

Alwen Kelek

Source

LA LETTRE VERSATILE
parution aléatoire
nouvelle série n° 27
13 avril 2007

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